l’Acadie nostalgie

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l’Acadie nostalgie

Un reportage initialement prévu pour Geo magazine m’a emmené sur la piste de nos cousins acadiens dont nous avons tous entendu parlé sans vraiment savoir qui ils sont, ni où ils habitent…

Avec sa consonance bien plus anglaise que francophone, le Nouveau Brunswick est loin d’avoir la notoriété du Québec. Pourtant j’y ai découvert un peuple formidablement accueillant, fermement attachée à sa culture et ses valeurs, en lutte perpétuel contre les anglicismes de tous poils.

Si «l’Arcadie » évoquait probablement une sorte de paradis de la Grèce antique, l’Acadie, elle, a connu bien des tourments. Les premiers colons français s’établissent dans l’actuelle province du nouveau Brunswick début 17eme, mais la moitié d’entre eux ne passera pas le premier hiver, scorbut oblige. Malgré les difficultés, la poignée d’acadiens s’appuient tant bien que mal sur le commerce des fourrures et l’aide des indigènes pour survivre face aux colonies écossaises. Leur isolement sera la clef de leur forte culture identitaire et de leur solidarité. Souvent délaissés par le royaume de France aux prises avec différents conflits en Europe, les acadiens seront aussi en proie à une guerre civile et se verront surtout régulièrement attaqués par les anglais. En 1755 les anglais décident d’exproprier et de déporter ces acadiens francophones qui font de bien mauvais sujets pour Sa majesté ; ce sera le «grand dérangement», traumatisme majeur pour l’Acadie disséminée aux quatre vents des colonies les plus hostiles aux français. 12 000 acadiens seront ainsi déportés, les familles volontairement séparées pour des destins peu enviables. 3 500 se réfugient en « Acadie française », au Nouveau Brunswick, où ils seront pourchassés par des chasseurs de primes, décimés par le froid et la faim. Les plus chanceux gagneront le Québec, la Louisiane ou la France. En 1763 un traité de paix avec l’Angleterre autorise les déportés survivants à revenir dans la colonie sous condition de se disperser et de faire allégeance. Le Nouveau-Brunswick est fondé en 1784 à la demande des loyalistes, colons vouant loyauté à la couronne britannique.

Aujourd’hui, le Nouveau Brunswick comptent 250 000 acadiens sur 750 000 habitants. La communauté anglaise est donc fortement majoritaire. Mais la province est la seule à être officiellement bilingue au Canada. Les acadiens d’ici sont le fer de lance et le creuset de résistance culturelle de toutes les communautés acadiennes dans le monde (3 millions de personnes). Obsédés par le devoir de mémoire et la préservation de leurs valeurs fondatrices, les acadiens n’en finissent pas de replonger dans leur passé. Persuadés qu’ils luttent encore aujourd’hui pour la préservation de leur communauté francophone face aux anglais, ils ont un besoin presque viscéral de réaffirmer leur identité et leur histoire en permanence…

La plupart des photos ont été prises dans le « village historique acadien », véritable reconstitution à l’identique de l’habitat d’antan, près de Caraquet. Des dizaines d’interprètes et de comédiens animent à longueur de journées ces artefacts du passé. Nombre d’entre eux sont des bénévoles, des acadiens comme les autres, ravis de revêtir les habits de leurs ancêtres et de répéter leurs gestes à l’identique, comme s’il s’agissait de leur vraie vie.

Fabrice M
Fabrice M
photographe - auteur - artiste contemporain